Un rare portrait peint de Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort

École du XVIIe siècle, d’après François Quesnel (1543-1619), Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort (1573-1599). Huile sur toile, 49,5 x 47 cm. Château de Bussy-Rabutin © Reproduction Benjamin Gavaudo / CMN

Documentation

Jean Adhémar, Les Clouet & la Cour des rois de France : de François Ier à Henri IV, cat. exp., Paris, Bibliothèque nationale, 1970.

Œuvres en rapport

La mort prématurée de Gabrielle d’Estrées ainsi que son statut de maitresse d’Henri IV à la cour de France lui valent la postérité dans la littérature et dans les arts, alors que rares sont ses portraits au XVIe siècle, en dehors de la série de dessins conservés à la Bibliothèque nationale de France. Les portraits au crayon sont une expression spécifique de l’art français du XVIe siècle. Ils apparaissent à la cour du roi René, à la fin du siècle précédent et disparaissent au début du XVIIe siècle. La noblesse généralement, préfère les portraits peints, ce que confirme la collection de Bussy.

L’ascension de cette jeune femme est fulgurante, devenant l’une des seules favorites à s’approcher du mariage avec le roi. Après sa rencontre avec le roi de France Henri IV, elle accède très vite à la cour à partir de 1590 et devient une femme influente. Ici, elle est représentée avec tous les attributs à la mode du XVIe siècle. La cour française est alors influencée par celle espagnole, la plus puissante d’Europe, avec des vêtements plus austères et sobres. L’épaisse fraise blanche en est la preuve, on cherche avant tout à cacher le corps féminin. La présence du collier de perles vient souligner le statut de la maitresse du roi de France, connu pour ses dépenses et son train de vie royal. La tenue se rapproche d’ailleurs des représentations que fait Thomas de Leu de Gabrielle d’Estrées (Paris, musée du Louvre). La coiffure à la mode finement crêpelée permet de dater l’œuvre des toutes dernières années du XVIe siècle, moment où Gabrielle d’Estrées est au sommet du pouvoir et du cœur du roi. (Janine Garrisson, Gabrielle d’Estrées. Aux marches du palais, Editions Tallandier, 2006, p.112).

Ce portrait est l’un des rares sur toile représentant la favorite. Pendant longtemps, un portrait au château de Chantilly, au musée Condé, a été identifié comme celui de Gabrielle d’Estrées mais depuis, l’identification à Henriette de Balsac d’Entrague a été avancée. Cette dernière est d’ailleurs celle qui remplace la duchesse de Beaufort dans son rôle de favorite. La similitude des traits et de la coiffure a pu laisser penser à d’Estrées, mais la surcharge de bijoux, caractéristique d’une mode plus tardive à la cour de France a laissé planer un doute.

Le tableau conservé eu château de Bussy-Rabutin semble ainsi être un rare témoignage peint de Gabrielle d’Estrée, au point que ce portrait sert de modèle au graveur Pierre Chenu au XVIIIe siècle. Le peintre semble en tout cas avoir eu accès au dessin de François Quesnel tant la similitude des traits et des vêtements est frappante – même fraise et collier de perles.

 

François Quesnel (1543-1619), Gabrielle d'Estrées, 1597. Dessin à pierre noire et sanguine, 32,4 x 22,4 cm. Paris, Bnf © BnF

 

François Quesnel (1543-1619), Gabrielle d'Estrées, 1599. Dessin à pierre noire et sanguine, 32,3 x 24 cm. Paris, Bnf © BnF

 

Daniel Dumonstier (1574-1646), Gabrielle d'Estrées, 1599. Dessin à pierre noire et sanguine, 34 x 22,5 cm. Paris, Bnf © BnF

 

Anonyme, d’après François Quesnel l’Ancien (1543-1619), Portrait de Grabrielle d’Estrées ou d’Henriette de Balsac d’Entrague, marquise de Verneuil. Huile sur bois, 36,1 x 28 cm. Musée Condé, Chantilly. © RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / Michel Urtado

 

Thomas de Leu (Actif vers 1555-Vers 1612), Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort. Estampe. Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Adrien Didierjean

Ces portraits sont loin d’être connus à l’opposé de la célèbre œuvre attribuée à l’Ecole de Fontainebleau. Le contraste entre cette représentation et celle du château de Bussy-Rabutin est complet. C’est une version puissamment érotique que nous avons de la favorite royale, accompagnée de sa sœur. L’influence italienne et du maniérisme français tardif se ressent dans cette œuvre, peint également du vivant de Gabrielle d’Estrées. Le thème de la « dame au bain » est récurrent dans l’iconographie du XVIIe siècle et une série représentant les maitresses royales existe même, tableau repris par François Clouet.

 

Anonyme français, Gabrielle d'Estrées et une de ses sœurs. Huile sur toile, 96 x 125 cm. Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Tony Querrec

 

Pierre Chenu, Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort, 1760. Estampe. 13,8 x 8,6 cm. Pau, Archives et bibliothèques Pau Béarn Pyrénées © BnF

Œuvre à la loupe

 

 

MenuFermer le menu