Un portrait mondain de Claude Marie Dubufe

Claude Marie Dubufe (1790-1864), Madame de Lapyrière, après 1825. Huile sur toile, 209 x 143,5 cm. Château de Bussy-Rabutin. © CMN / Colombe Clier

Documentation

Claude-Marie, Édouard et Guillaume Dubufe : la peinture en héritage (1790-1909), Musée des Avelines - Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Cloud, 15 mars 2018 - 24 juin 2018, Saint-Cloud, 2018.
Emmanuel Bréon, Claude-Marie, Edouard et Guillaume Dubufe, Portraits d’un siècle d’élégance parisienne, cat. exp., Paris, Délégation à l’Action Artistique de la ville de Paris, 1988.

Œuvres en rapport

Ce portrait de Madame Augustin de Lapyrière, née Elise-Cécile Cardon, présente une pose mélancolique typique du romantisme : le regard est songeur, la plume et le papier sont à portée de main, de même que quelques livres, fermés. Elle pose devant un grand drapé rouge, mettant en avant la silhouette de sa robe noire, dégageant ses épaules selon la mode du début de la monarchie de Juillet. Avec le retour des corsets, des manches et des jupes plus volumineuses, la silhouette est structurée. Les robes sont aussi unies, de couleur sombre. Ses cheveux sont coiffés d’« anglaises », tombant sur ses épaules.

Réalisé par Claude-Marie Dubufe, ce portrait a sans doute été peint entre 1835 et 1840. En effet, l’artiste a présenté au Salon de Paris entre ses années trois tableaux sous le nom de « Madame de L. », laissant penser que ce tableau y a été exposé. Claude-Marie Dubufe est alors très connu dans la haute société parisienne et française, ayant commencé une carrière de portraitiste dès 1811. C’est dans le genre du portrait qu’il exerce le plus ses talents, peignant autant de portraits de femmes de la haute-bourgeoisie que des maréchaux. Son succès lui vaut pratiquement chaque année une exposition au Salon de Paris. Rival de Franz Xaver Winterhalter, Édouard Dubufe devient l'un des portraitistes officiels les plus célèbres du Second Empire. Proche du pouvoir, il peint les portraits officiels de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie.

Le portrait conservé au château de Bussy-Rabutin s’inspire des grands portraits d’Ingres, avec des lignes très dessinées. Le traitement des étoffes et des accessoires est sans doute ce qu’il y a de plus remarquable dans ses œuvres. Cela explique en partie son succès. Le critique Champfleury rapporte du reste en 1846 que « Monsieur Dubufe était chéri des femmes de son temps presque autant qu’Alexandrine, la couturière. Comme il les habillait élégamment, comme il savait les avantager et comme il était flatteur ».

Dans ce portrait, Madame Augustin de Lapyrière apparaît non seulement comme une femme élégante et cultivée, mais aussi attirée par l’écriture. Epouse d’Augustin de Lapyrière, le très riche receveur général des finances du département de la Seine, elle devait sans doute partager son goût pour les œuvres d’arts. Ce dernier est en effet l’un des plus importants collectionneurs d’art des années 1820, avant la première faillite de la famille. Il appréciait notamment les peintures hollandaises du XVIIe siècle, comme des Veermer et des Rembrandt, mais aussi la peinture française et espagnole du XVIIe siècle [Catalogue de tableaux précieux et autres objets de curiosité, formant le Cabinet de M. Lapeyrière, Receveur-Général des Contributions du département de la Seine. Par Henry Bon-Thomas, Commissaire-Expert des Musées Royaux]. L’hypothèse que le portrait de sa femme ait été fait après 1825 peut être confirmée puisqu’au moment de la faillite, lors de l’inventaire, le tableau n’est pas mentionné.

Il existe un portrait en miniature de Madame Augustin de Lapeyrière, plus traditionnel, exécuté par Daniel Saint. C’est encore une femme de lettre qui apparaît avec un livre, mais cette fois-ci au sein d’une nature propice à la rêverie. La pose en est nettement plus artificielle, en dépit de l’animation créée par les reflets de la robe en satin et du châle porté en négligé.

 

Daniel Saint (1778-1847), Portrait de madame Augustin de Lapeyrière. Peinture sur ivoire, 3,20 x 2,55 cm. Paris, Musée du Louvre. © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais

Œuvre à la loupe

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