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Une belle vénitienne par l’École de Pâris Bordone

École de Pâris Bordone (1500 - 1571), La belle vénitienne. Huile sur toile, 59,5 x 74 cm. Château de Bussy-Rabutin (Bussy-le-Grand) © Reproduction Benjamin Gavaudo / CMN

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La jeune femme porte une ample chemise, dévoilant un de ses seins, sous un lourd manteau de velours vert, doublé de satin rose. La chevelure blonde, pour partie dénouée, glisse négligemment le long du cou, accentuant la sensualité du portrait de la jeune femme. La coiffure, très travaillée, ainsi que ses nombreux bijoux contrastent avec l’apparent négligé de la pose, typique des portraits italiens de courtisanes, notamment vénitiennes. Tous les procédés suggérant l’érotisme sont présents : la proximité des cheveux et de la blancheur la chair, le manteau porté en négligé, dont on ne sait s’il est remis ou en train de glisser. Ambiguïté érotique de la pose, dont on ne sait s’il suggère un avant ou un après.

Au XVIe siècle, les portraits de courtisanes sont un topos de la peinture italienne. Les courtisanes sont des femmes cultivées, certaines sont même de grandes musiciennes, pouvant être invitées à la table de grands seigneurs en Italie. L’arrière-plan, avec sa frise sculptée, suggère du reste que cette courtisane pose au sein d’un palais.

Cette iconographie de courtisane vue à mi-corps, dont on ne savait pas s’il s’agissait de portraits ou de figures « fatte a capriccio », est très en vogue dans l’art vénitien du XVIe siècle. Elle est à l’origine divulguée non seulement par Titien (1488/89-1576), mais aussi Palma le Vieux (v. 1480-1528) puis Pâris Bordone. C’est pour cette raison que l’école de Pâris Bordone (1500-1571) ou celle de Giovanni Antonio Pordenone (v. 1483-1539) ou encore le cercle de Palma le vieux ont été évoquées pour ce tableau. Quoiqu’il soit hasardeux de n’évoquer qu’un nom, le traitement du visage et le décor d’architecture fait davantage penser aux œuvres de Pâris Bordone.

Cette toile correspond sans doute au « portrait de femme par le Titien » dont parle le comte de Sarcus dans ses notes sur les œuvres du château. En effet, ce portrait fait clairement écho aux œuvres du Titien, qui circulent dans toute l’Europe renaissante par le biais de l’estampe. La référence à la Flore du Titien, portrait conservé à la galerie des Offices de Florence, ou la Femme au miroir du musée du Louvre, est particulièrement notable : une mèche de cheveux s’égarant sur la blancheur de la gorge, un même contraste entre la chemise blanche et une étoffe verte pour la Femme au miroir.

 

Titien (Tiziano Vecellio, dit Tiziano) (v. 1488-1576), Flora, v. 1510. Huile sur toile, 79 x 63 cm. Florence, Galerie des Offices © Galerie des Offices

 

Titien (Tiziano Vecellio, dit Tiziano) (v. 1488-1576), La femme au miroir, v. 1525-1550. Huile sur toile, 99 x 76 cm. Paris, musée du Louvre © musée du Louvre

 

Jacopo Negretti, dit Palma le vieux (v. 1480-1528), Portrait de femme, v. 1520. Huile sur toile, 77,5 x 64,1 cm. Londres, National Gallery © National Gallery

 

Pâris Bordone (1500 - 1571), Portrait de femme au manteau vert, 1550. Huile sur toile, 102 x 77,5 cm. Vienne, Kunsthistorisches Museum © Wikipedia

Pour aller plus loin

Lucrecia de Planta, Essai de reconstitution de la collection de Roger de Rabutin, comte de Bussy, au château de Bussy-le-Grand (Côte d'Or), sous la dir. d’Antoine Schnapper. Mémoire de Maîtrise d’histoire de l'art, Paris IV-Sorbonne, 1991.

Morwena Joly, « ‘Quelle belle couleur ! C’est de la chair !’. Retrouver les couleurs de la Femme au miroir après sa restauration », La Femme au miroir, cat. exp., Genève, Skira/Louvre éd., 2010.

Palma, Jacopo Vers 1480 - 1528, cercle de, Portrait de femme, peinture (XVIe siècle) (inha.fr)

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