Portrait du banquier collectionneur Everhard Jabach, par Hyacinthe Rigaud

Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Portrait d’Everhard Jabach, 1688. Huile sur toile, 135 × 105,5 cm. Château de Bussy-Rabutin © Centre des monuments nationaux

Historique

Absent des livres de comptes ; peint vers 1688 [projet à mi-corps] ; collection La Live de Jully (Catalogue historique du cabinet de peinture et de sculpture française de M. de Lalive, 1764, p. 17-18) ; vente La Live de Jully, 1770, n° 60 ; acq. en vente publique par le comte de Sarcus, 1821.

Œuvres en rapport

Ce tableau, très documenté, témoigne de l’amitié entre le peintre Hyacinthe Rigaud et son modèle, le célèbre banquier collectionneur Everhard Jabach. L’absence de signe d’ostentation sociale ou vestimentaire dans ce portrait est frappante, de même que l’absence de recherche de complicité. Le regard est ailleurs. Une colonne endommagée à sa gauche, incarnant l’empreinte du temps du l’œuvre d’art, et un ciel qu’on devine lunaire à sa droite, sont chargés de signifier la personnalité de l’homme. Il s’agit d’un banquier rêveur, puissamment inspiré par des mondes non matériels, méditant sur le temp à travers sa passion pour l’art.

C’est probablement grâce à leur passion commune pour la peinture flamande, et plus particulièrement pour l’œuvre de Van Dyck, que le banquier et le peintre font connaissance, puis deviennent amis. Jabach est issu d’une famille de marchands de Cologne, et son père, lui-même collectionneur, a créé une banque à Anvers. En 1638, il quitte sa ville natale pour Paris où il s’occupe d’affaires industrielles et commerciales qui font sa fortune. Directeur de la Compagnie des Indes Orientales, il devient un célèbre collectionneur, et fournit nombre d’œuvres d’art pour enrichir les collections de Louis XIV.

L’œuvre a longtemps été appelée « portrait aux gants gris », afin de distinguer le tableau d’autres versions, comme celle conservée au musée du Louvre. Dans cette version, Hyacinthe Rigaud choisit de représenter le banquier à mi-corps, le col de la chemise blanche négligemment ouvert, qui tranche avec le manteau de velours noir, traité tout en nuances grâce à un large pli sur le devant, motif récurrent dans les toutes premières œuvres de Rigaud.

Rigaud exécute le visage de ce riche amateur sans aucune concession pour les ravages causés par le temps, comme dans les portraits de l’école du nord. Et cependant, en dépit des cernes appuyées, des joues tombantes et du goitre prononcé, le visage de collectionneur apparaît à la fois mystérieux, déterminé, voire inspiré par un projet que lui seul comprend.

 

Hyacinthe Rigaud (1659-1743), Portrait d’Everhard Jabach, banquier et collectionneur, vers 1690. Huile sur toile, 77 x 57 cm. Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle

 

Peter Lely (1618-1680), Portrait d’Everhard Jabach, vers 1650-1660 ? Huile sur toile, 124 x 105 cm, Cologne, Wallraf-Richartz Museum © KIK-IRPA, Bruxelles

Œuvre à la loupe

 

 

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