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Roger de Bussy-Rabutin en armure de lieutenant-général du roi par Claude Lefèbvre

Claude Lefèbvre (1632-1675), Roger de Bussy-Rabutin en armure de lieutenant-général du roi, 1673. Huile sur toile, 79 x 66 cm. Château de Bussy-Rabutin © Benjamin Gavaudo/ Centre des monuments nationaux

Œuvres en rapport

Le portrait du propriétaire du château trône dans l’énigmatique salle des devises. Autour de ce dernier cinq devises viennent colorer, chacune en son genre, le sourire mutin et le regard séducteur de ce portrait :

  • Un jet d’eau (Altus ab origine alta, « il tire sa hauteur de sa hauteur d’origine »)
  • Un Diamant (plus de solidité que d’éclat)
  • L’éruption d’un volcan (la cause en est cachée)
  • Un oiseau sur un arbre (Degli amori miei canti, « je chante mes amours »)
  • Une montre (Quieto fuori e si move dentro, « en repos au dehors elle se meut au-dedans »)

 

 

Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693) est entré dans l’armée à l’âge de seize ans, suivant la carrière militaire que son père avait eu sous Louis XIII. Il participe à plusieurs campagnes militaires dans le cadre de la guerre de Trente ans mais est emprisonné à la Bastille en 1641, accusé de contrebande. Il y reste cinq mois puis fréquente les salons parisiens avec sa cousine, la marquise de Sévigné. Il repart ensuite à la guerre jusqu’en 1658 et obtient le titre de lieutenant-général. Il n’obtient cependant jamais le titre de maréchal de France, car ses frasques lui valent un certain mépris des autres membres de l’armée. Il est exilé par Mazarin au château de Bussy-Rabutin, après avoir participé à une fête réputée scandaleuse pendant la Semaine Sainte en 1659. C’est là qu’il compose un roman satirique Histoire amoureuse des Gaules, sur les amours de la haute noblesse française. Ce roman lui vaut la colère du roi Louis XIV et un retour à la Bastille pour treize mois. Libéré, il retourne à Bussy-Rabutin jusqu’à la fin de sa vie et s’applique à embellir sa demeure, tout en rédigeant ses Mémoires. Il meurt en 1693.

Personnage hors du commun, tous ces portraits sont pourtant militaires, soulignant l’importance que Bussy-Rabutin portait au fait militaire et à sa gloire. On retrouve dans le portrait tous les éléments iconographiques récurrents des portraits militaires sous louis XIV : armure et perruque léonine, écharpe montrant une distinction militaire, col en dentelle venant apporter de la lumière autour du visage.

Selon Lhuillier, dans Le peintre Claude Lefèbvre, de Fontainebleau (Réunion des sociétés savantes des départements à la Sorbonne, 1892, p. 487-510), le portrait a été peint en 1673, alors que Bussy-Rabutin est âgé de cinquante-cinq ans et en exil. Claude Lefèbvre est alors un peintre de cour et il aurait connu Bussy-Rabutin dans l’atelier Le Brun, avec le comte de Brienne. Les deux aristocrates sont alors en pleine recherche pour constituer des galeries de tableaux, qu’ils accroissent sans cesse.

Cette commande est le moyen de revenir sur la gloire passée d’un militaire qui n’a jamais atteint le titre qu’il visait. Ce dernier voulait en effet obtenir l’ordre du Saint-Esprit, qu’il n’a jamais reçu. Dans une lettre au comte de Gramont, 26 avril 1670 (Correspondance de Roger de Rabutin, comte de Bussy, avec sa famille et ses amis, tome premier. Paris, Ed Charpentier, p. 280), il y fait référence : « Pour le cordon bleu que vous souhaitez tous à mon portrait, je vous dirai que quelque grâce que le roi ne me veuille jamais faire, je la recevrai avec respect ; mais que si la chose était à mon choix, après les maux qu'on m'a faits et les honneurs donnés à des gens qui n'ont ni si longtemps ni mieux servi que moi, j'aime autant qu'on ne fasse rien pour moi que peu de chose. »

Jacqueline Duchêne pense que le portrait serait une copie de l’œuvre de Lefèbvre (Bussy-Rabutin, 1991, Paris, Fayard. p. 213) et que le vicomte de Sarcus se serait trompé dans son inventaire du château au XIXe siècle en le considérant comme original. Pourtant, le rapprochement avec plusieurs œuvres laisse à penser que le portrait est bien de la main de Claude Lefèbvre, en dépit de la présence de nombreux repeints.

Le portrait exécuté par Claude Lefèbvre, abondamment copié et gravé, est le plus connu au sein de l’iconographie de Bussy-Rabutin. L’abbé de Dangeau commande en 1685 un ensemble de 94 portraits d’académiciens, dont Bussy-Rabutin fait partie puisqu’il en a occupé le siège 20 à partir de 1665 jusqu’à sa mort, et son portrait est une copie de celui de Claude Lefèbvre. Il est fort probable également qu’une autre copie du portrait ait été envoyée à Madame de Scudéry, amie proche de Bussy-Rabutin. Dans une lettre datée du 27 juillet 1678 elle mentionne en effet : « En entrant dans ma chambre, il [le duc de Saint-Aignan] les yeux sur votre portrait, et me dit « voilà notre ami qui me sourit. » ». (Correspondance de Roger de Rabutin, comte de Bussy, avec sa famille et ses amis (1666-1693), tome 4, p. 164).

Les œuvres de Claude Lefèbvre sont très recherchées de l'aristocratie pour leur ressemblance et c’est pour cette raison de sa production est abondante alors qu’il ne reste paradoxalement que peu d’exemples peints. Élève de son père, Jean I Lefèbvre, il étudie à Fontainebleau et fréquente ensuite l'atelier de Le Sueur, puis celui de Le Brun. Ce dernier le fait travailler aux figures de ses grandes compositions et c’est dans ce domaine qu’il se spécialise par la suite. Ses portraits sont d'abord marqués par l'exemple de Philippe de Champaigne, puis par celui de Le Brun. Il passe de la construction rigoureuse du premier à une présentation plus libre et naturelle au fil de son œuvre.

 

D’après Claude Lefèbvre (1632-1675), Roger de Rabutin, comte de Bussy-Rabutin. 1685-1700. Huile sur toile, 63 x 52 cm. Château de Versailles © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

 

Gérard Edelink d’après Claude Lefèbvre (1632-1675), Roger de Rabutin, comte de Bussy-Rabutin. Estampe, 21,7 x 15,8 cm. Château de Versailles © Château de Versailles

Pour aller plus loin

Bussy-Rabutin, l’homme et l’œuvre, actes du colloque les 2 et 3 juillet 1993, Société des amis de Bussy-Rabutin. 1995.

Jacqueline Duchêne, Bussy-Rabutin, Paris, Fayard, 1991.

Planta, Lucretia de, « Essai de reconstitution de la collection de Roger de Rabutin, comte de Bussy, au château de Bussy-le-Grand », mémoire de Maîtrise, Paris IV-Sorbonne, 1989-1991, p. 51-52, 57, 59, 67.

Œuvre à la loupe

 

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