Fermeture de l'alerte

Marie-Anne-Christine-Victoire de Wittelsbach de Bavière, dauphine de France

École française du XVIIe siècle, Portrait présumé de Marie-Anne-Christine-Victoire de Wittelsbach de Bavière, dauphine de France (1660-1690). Huile sur toile, 73 x 59 cm. Château de Bussy-Rabutin © Reproduction Benjamin Gavaudo / CMN

Œuvres en rapport

Ce portrait a été identifié par le comte de Sarcus, propriétaire du château de Bussy, comme étant celui de Marie-Anne-Christine-Victoire de Wittelsbach de Bavière (1660-1690), promise dès ses huit ans à son cousin Louis de France, « le Grand Dauphin », ce qui en fait l’une des princesses les plus importantes d’Europe. Recevant une éducation très soignée en vue de son futur mariage, elle épouse le Dauphin en 1680. Elle rejoint la cour de Versailles où Louis XIV veut qu’elle remplace la reine dans la vie mondaine et officielle. En vain, Madame la Dauphine préfère rester dans ses appartements et beaucoup de mémorialistes de son temps en parlent. Son mariage est aussi un échec, puisque son époux connait de nombreuses amantes et ils ne connaissent pas un véritable bonheur. Elle donne tout de même naissance à trois fils. Cependant, ses fausses couches nombreuses l’affaiblissent et elle meurt de maladie avant ses trente ans, à Versailles.

Dans le portrait en buste du château de Bussy, acquis par Jean-Baptiste-César de Sarcus et non Roger de Bussy-Rabutin, la Dauphine apparait en tant que princesse de la cour. Son buste est recouvert de broderies, fines dentelles et pierres précieuses. Un large décolleté ovale offre une gorge sans collier, fait assez rare pour être souligné, qui fait davantage porter le regard non sur des détails, mais sur le contraste coloré offert entre le jaune safran de la robe et le rouge framboise du manteau.

Le portrait de Bussy-Rabutin étonne donc par le peu d’attributs évoquant son statut de dauphine, au regard de ses autres portraits officiels. Celui conservé au château de Versailles, exécuté d’après François de Troy, présente Marie-Anne-Christine-Victoire de Wittelsbach de Bavière en train de recevoir la couronne de dauphine de France, des mains d’un putti. Louis XIV avait choisi François de Troy pour aller faire un portrait de la future mariée, pour Louis de France. On sait que le voyage eut lieu en 1679, quelques mois avant le mariage princier. C’est un portrait qui fait grand bruit à la cour et à Paris, donnant lieu à moqueries. Madame de Sévigné écrit même dans une lettre (3 janvier 1680) à sa fille : « Madame la Dauphine a écrit des lettres si raisonnables, si justes, si droites, qu’on est entièrement persuadé de son très-bon esprit. Son portrait ne parait pas d’une belle personne. »

Le portrait gravé par Antoine Masson en 1680 (Paris, BnF) est en effet éloquent sur la réelle physionomie de la Dauphine… Les portraits d’après François de Troy apparaissent ainsi nettement idéalisés, tout comme celui de Bussy, que l’on rapprocher d’un portrait, lui aussi d’après François de Troy, d’une collection particulière. Il est donc bien difficile d’avoir une idée ferme sur l’identité du modèle, et le portrait gravé par Nicolas Habert (Paris, BnF), ajoute encore à la confusion.

Dans un portrait collectif exécuté par Pierre Mignard, elle est représentée avec Louis de France. La mère est entourée de ses trois enfants : l’ainé le duc de Bourgogne en rouge ; le duc d’Anjou, futur roi d’Espagne ; le duc de Berry, tout près de sa mère. Cette fois-ci ses traits semblent osciller entre ceux traduits par François de Troy et ceux gravés par Antoine Masson. Au fil des estampes, comme celle de Nicolas Habert (Paris, BnF) et des portraits copiés (collection particulière, PBA Auctions), les traits si caractéristiques de la dauphine de France semblent s’être effacés, idéalisés à la faveur de l’inspiration des portraitistes.

 

D’après François de Troy (1645-1730), Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, Dauphine de France (1660-1690). Huile sur toile, 127,5 x 95,5 cm. Châteaux de Versailles et du Trianon © RMN

 

Antoine Masson (1636-1700), Portrait de M.-A.-V. de Bavière, Dauphine de France, 1680. Estampe. Paris, BnF © BnF

 

Pierre Mignard (1612-1695), La Famille de Louis de France, fils de Louis XIV, dit le « Grand Dauphin », 1687. Huile sur toile, 232 x 304 cm. Châteaux de Versailles et du Trianon © Château de Versailles, Dist. RMN / Christophe Fouin

 

D’après Jean François de Troy (1679-1752), Portrait posthume de la duchesse Marie-Anne Christine Victoria de Bavière, « La Grande Dauphine ». Huile sur toile, 146 x 115,5 cm. Collection privée © PBA Auctions

 

Nicolas Habert (1650?-1715?), Portrait de M.-A.-Ch.-V. de Bavière, Dauphine de France. Estampe. Paris, BnF © BnF

Pour aller plus loin

Simone Bertière, Les reines de France au temps des Bourbons, tome 2 : Les Femmes du Roi-soleil, Paris, Ed de Fallois, 1998, p. 341-362.

Lucretia de Planta, « Essai de reconstitution de la collection de Roger de Rabutin, comte de Bussy, au château de Bussy-le-Grand », mémoire de Maîtrise, Paris IV-Sorbonne, 1989-199, p. 59-60, 64-67, 72-73.

Œuvre à la loupe

 

MenuFermer le menu